Les soutiens de Benoît Hamon étaient réunis à la maison de la Mutualité pour le second tour la primaire. Malgré une large victoire, la route vers la présidentielle s’annonce abrupte. Reportage.

Les verres de vin amoncelés sur les buffets, une platine de DJ et des mines gaillardes. À une heure de l’annonce des résultats de la primaire, un parfum de victoire embaume le camps de Benoît Hamon. Arrivé en tête des suffrages au premier tour, le héraut du revenu universel est la surprise de cette élection. Crédité de 14% des intentions de vote en décembre (IFOP), Benoît Hamon a doublé sur la gauche l’ex-premier ministre. Ses thématiques sociales et écologiques ont été préférées à la « gauche crédible » de Manuel Valls. Le représentant du bilan du quinquennat a lui axé sa campagne sur des thèmes sécuritaires en sus de prôner un réalisme budgétaire.

« C’est une victoire historique de la gauche.

Une victoire qui rouvre l’espoir » jubile Gérard Filoche – ex-soutien d’Arnaud Montebourg – arrivé après l’annonce des résultats. La victoire est sans appel. 58% contre 41% selon le premier décompte. Des jeunes, majoritaires ce soir, laissent exploser leur joie dans la grande salle de la mutualité. Il y a deux mois, les mêmes figures s’amassaient dans un bar du 19e arrondissement pour un de ces meet-up citoyen. Sur fond de musique pop, ils s’embrassent et se félicitent. « Ce soir c’est la victoire de la vraie gauche » s’enthousiasme un sympathisant qui regrette les « attaques irresponsables » du camps Valls pendant l’entre-deux-tours. « Ils n’auraient jamais dû l’accuser d’être le candidat des Frères musulmans, ça a participé de leur défaite » analyse-t-il.

Un difficile rassemblement

Certains députés PS ont déjà annoncé qu’ils useraient de « leur droit de retrait » en cas de victoire de Benoît Hamon. D’autres n’ont pas attendus pour se rallier à Emmanuel Macron.Selon le nombre de défections c’est la survie du parti qui est en jeu. « Cela fait des années que se pose la question de l’avenir du PS et ce n’est pas Hamon le responsable » constate une militante. La loi Macron, la déchéance de nationalité et la loi El Khomri reviennent dans la bouche des déçus du mandat presque écoulé. Près de 40 000 adhérents ont quitté les rangs du parti depuis 2012. « La victoire du Benoît Hamon redéfinit la ligne du parti : une gauche qui s’assume » conclut-il. Si on imagine difficilement le courant social-démocrate se rallier à la gauche anti-austérité du député breton, ce soir, il a bel et bien remporté la manche. Plus qu’un présidentiable, les électeurs ont voulu désigner le représentant des valeurs de la gauche.

« On a peur de Macron »

Deux roses rouges en main Will, militant PS, l’admet « on a peur d’Emmanuel Macron. Pour moi ce n’est pas un ennemi mais je lui reproche de ne pas avoir participé à la primaire. » Un sondage sorti le soir même donne Emmanuel Macron en troisième place des intentions de vote pour la présidentielle. Loin devant leur favori. Pour jauger la cote de popularité de l’ancien ministre de l’économie il suffit de tendre l’oreille. Des hués accueillent l’apparition de Gérard Collomb – maire de Lyon rallié à Emmanuel Macron – sur l’écran géant. Devant les militants, Benoît Hamon annonce que « dès lundi je proposerai donc à tous les candidats à cette primaire, mais aussi à [..]Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, de ne penser qu’à l’intérêt des Français au-delà de nos personnes. » Peu de chance que celui que Benoît Hamon qualifiait ironiquement de « démiurge » lors de son meeting au gymnase Japy soit convié au rassemblement des gauches. Et tout aussi peu de chance que le leader du Front de gauche se désiste et soutienne sa candidature.

@lnaberkaoui

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