«Dire qu’il y a un mois on nous taxait d’handicapés de la politique » confie un militant filloniste, sourire aux lèvres. Au siège de campagne de François Fillon, la victoire a un parfum de revanche. « Mon portable sonne en permanence, c’est la première fois que je vis une chose pareille » se gausse un jeune homme, visiblement amusé de l’intérêt soudain que lui prête les journalistes. Dans un salon surnommé la War room, le directeur de campagne, Partick Stefanini, donne ses consignes : « ne criez pas Fillon, président. Pas de triomphalisme !». Ce haut fonctionnaire au ton martial, n’en est pas à sa première campagne. Il a notamment dirigé la campagne victorieuse de Valérie Pécresse à la région Île-de-France. Après avoir soutenu François Fillon, cette dernière s’est ralliée à Alain Juppé il y à peine un mois.
Le stress du dépouillement a laissé place aux cris de joie, aux répétitifs « c’est hallucinant » et aux spéculations sur la courte semaine qui les sépare du second tour de la primaire. « Les médias vont tenter de trumpiser François Fillon. Ils vont ressortir la Russie, le mariage pour tous et la suppression de 500 000 fonctionnaires ». Tous veulent croire que la large avance de leur champion ne saurait être rattrapée. Selon eux, « La France des invisibles a parlé ». Teintée de surprise et d’épuisement, la joie des militants éclate. Dans l’étroit couloir qui mène à l’estrade où François Fillon doit tenir son discours, les gens se collent, se cognent guettant son arrivée. L’imposante caméra de BFM TV s’apprête à saisir les mots du vainqueur de ce premier tour. Au même moment, Bruno Le Maire annonce, son ralliement à François Fillon. De l’autre côté du poste, les mines sont défaites. Avec 2,4% des voix, le renouveau n’a pas séduit les électeurs de ces primaires.
22h39. « Je remercie du fond du cœur les Français qui m’ont apporté leur soutien » devant un parterre de journaliste François Fillon a, lui aussi, le sourire aux lèvres. Celui que Nicolas Sarkozy appelé « M. Nobody » tient à exprimer « une pensée particulière » pour ce dernier. Arrivé troisième, l’ancien président de la république s’est également rallié à François Fillon dans un discours remarqué pour sa sobriété. Loin des promesses de « double rations de frites« . À 13% dans les sondages il y a un mois, l’ancien locataire de Matignon,  fort de 44,1% des voix, est la surprise de la première primaire de la droite et du centre. Alain Juppé, lui, souhaite voir une « autre surprise » dimanche prochain.
Héléna Berkaoui

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *