Inquiets de devoir choisir entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, 6 à 7% des votants à la primaire de la droite pourraient être des électeurs de gauche…

Une possible mobilisation qui agace le camp de l’ancien Président, réjouit les proches d’Alain Juppé et met mal à l’aise la majorité.

Ce sont les invités surprise de la primaire à droite. Près de 7% des participants au scrutin de novembre pourraient être issus des rangs de la gauche selon une enquête du Cevipof. Si en théorie, l’élection s’adresse au peuple de droite, dans les faits, rien n’empêche les sympathisants de gauche de prendre part au vote. Il leur suffit de verser deux euros à chaque tour et de signer une charte d’adhésion aux valeurs de la droite et du centre. Mais Loïc, 23 ans se dit « prêt à débourser 20 euros pour battre Sarkozy ».

Alors que la perspective d’une victoire de la gauche en 2017 est plus qu’incertaine, la primaire à droite prend des airs de premier tour d’élection présidentielle, dont le vainqueur aura toutes les chances d’entrer à l’Élysée. Près de 66% des électeurs de gauche sont donc prêts à se rallier à Alain Juppé pour faire barrage à Nicolas Sarkozy : « Un second tour Sarkozy-Le Pen, pour moi, ce n’est pas possible, je ne pourrais pas voter » affirme Sophie 58 ans, auteure et traductrice originaire de l’Île-de-France. Ce qui lui semble possible, en revanche, c’est de participer à la primaire de la droite, les 20 et 27 novembre, et de faire ainsi d’une pierre deux coups : voter pour celui qui éliminera d’abord Nicolas Sarkozy puis ensuite Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

La participation annoncée de sympathisants à gauche souligne un malaise général. Et pour cause : cette mobilisation ne met pas uniquement en lumière l’impopularité de Nicolas Sarkozy. Elle témoigne surtout du pessimisme des électeurs de gauche en vue de 2017. Alors que François Hollande est laminé dans les sondages et que Marine Le Pen est annoncée au deuxième tour, certains électeurs sont tentés de choisir le « moins pire » des candidats conservateurs. Les électeurs de la primaire à droite et au centre, dont les choix semblent déjà arrêtés, plébiscitent Alain Juppé comme gagnant dans cette première course. Selon le sondage BVA, il rassemble aujourd’hui à peine 28 % des suffrages des sympathisants Les Républicains, mais trouve un soutien de poids dans l’électorat centriste (73 % au MoDem et 65 % à l’UDI).

© Eden Zitoun - Quand les électeurs de gauche se mobilisent pour la primaire de droite !
© Eden Zitoun – Quand les électeurs de gauche se mobilisent pour la primaire de droite !

Mais peut-on changer d’idées politiques?

La politologue Nonna Mayer soutient que « nous développons, au fil de notre socialisation politique, des préférences partisanes, des habitudes de vote. Or l’anxiété nous pousse à reconsidérer nos choix ». L’universitaire qui travaille sur les transformations soudaines des modes d’action collective rajoute que si l’électeur est confronté à quelque chose de nouveau, il « sort de ses habitude » pour passer en revue l’offre politique. Selon la politologue, le vote confirme que les citoyens sont devenus des « stratèges » qui jouent de façon assez fine avec les sondages et la médiatisation de la politique.

Crédit: cornerlukas / Flickr

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