Les militants du candidat à la primaire ont suivi en direct le passage de BLM dans « l’Émission politique » (France 2) du 20 octobre 2016. Reportage.

« Je n’ai pas su mettre mes tripes sur la table ». De l’aveu même de Bruno Le Maire, le premier débat de la primaire de la droite et du centre, jeudi 13 octobre, a été un échec. En quatrième position, crédité de 7% des intentions de vote par un sondage Harris Interactive, il peine à rejoindre le podium de tête dans la course présidentielle. Pourtant, s’il y a bien un endroit où il n’a pas fait flop, c’est dans son Q.G. du très chic quartier Saint-Germain (VIe arrondissement de Paris), lors de son deuxième passage à la télévision. Dans cet appartement sans portes ou presque, il est facile de communiquer. « Ici chacun travaille où il veut, c’est ce qu’on a toujours voulu : ne pas avoir de contrainte […]. C’est ce que voulait Bruno, que ce soit tranquille et fluide » explique Victoire Doux du service presse, ancienne collaboratrice de Franck Riester [député LR de Seine-et-Marne et farouche opposant à la Manif pour Tous, ndlr].

Une demi-heure avant le début de l’émission, l’ambiance s’installe. Boissons, apéritifs, atmosphère légère. Sur un pilier, des post-its et des cartes postales cajolent « Bruno » à coups de « Bonne chance » et de « Bon courage ». La 2 est projetée dans deux salles, où les militants s’acharnent déjà sur Twitter. Peu à peu, les supporters s’alignent comme au stade. Packs de bière et verres de rosé apparaissent dans les mains de ce public en majorité masculin, blanc et sciencepiste.

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Et ça commence ! BLM se lance dans l’arène. Alors que les deux présentateurs lui posent des questions sur son programme de 1012 pages, les rires et les encouragements fusent. Une pique à Nicolas Sarkozy et la salle est en émoi. Pendus à ses lèvres, les jeunes militants connaissent même ses punchlines par coeur : quand Bruno Le Maire commence par « L’intelligence de la main… », ils répliquent par « … vaut l’intelligence de l’esprit ». La leçon est bien apprise. Puis c’est au tour des invités d’intervenir, certains se sentant libres de titiller le candidat. Ce qui ne manque pas de motiver la hargne du compétiteur et de ses supporters : « Allez Bruno ! ». Pas étonnant qu’il prétende durant l’émission que son nombre préféré soit le « n°10″, à l’instar d’un Zidane ou d’un Ronaldinho.

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À la fin de l’entretien télévisé, de nouvelles bouteilles de vin sont de sortie. Personne ne cache son enthousiasme – d’autant qu’il paraît que « Bruno va arriver ». Un militant s’estime bien plus satisfait que lors du débat du 13 octobre : « Il était beaucoup plus naturel et spontané, il a sorti ses tripes ». Tous répondent d’une seule et même voix : leur chouchou « fidèle à ses convictions » les a convaincus. Tel un boxeur qui sort du ring, BLM apparaît exténué mais content, une petite heure plus tard, accueilli par des « Bruno président ! ». Un verre à la main, il remercie ses militants non sans humour : « Je sais que la plupart d’entre vous veulent faire de la politique, mais si je peux vous donner un conseil, repensez-y à deux fois ».

Le débat passé, chacun tente de prédire l’avenir : « je pense que Bruno fera un très beau score, bien supérieur à celui qui est estimé aujourd’hui ». Et si leur champion ne passe pas ? « Je ne soutiendrai pas un autre candidat, pour moi c’est lui et pas un autre » déclare Christophe, dirigeant de la section du Val-de-Marne et soutien de la première heure. « On ne peut pas porter le candidat du renouveau et voter pour l’Ancien Régime » confirme Alexandre, qui a découvert le candidat à 13 ans. Même si d’autres se montrent plus mesurés : « Nous faisons partie de la même famille politique donc il faudra bien faire en sorte de se réunir à un moment ou à un autre ». Question stratégie politique, certains comme Roméo, ancien militant aux côtés de Nathalie Kosciusko-Morizet pensent qu’il faudrait « qu’il soit plus incisif contre Nicolas Sarkozy, pour se différencier et pour s’affirmer ».

Au final, bilan positif pour les partisans du « renouveau » de Bruno Le Maire. Ce qui n’est pas de l’avis des médias. Le candidat a enregistré la pire audience d’une émission politique sur la chaîne France 2 depuis cinq ans.

Crédit photo: Héléna Berkaoui et Sarah Belien

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